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Fréquences / disques / photographie / lignes
La troupe de Deschamps et Makéieff dynamite Chaillot

Par Jeremy Jeanguenin

visuel1_37_677C’est arri­vé près de chez vous, salle Jean Vilar ! Une pièce dans l’esprit lou­foque qui a habi­té nombre de leurs spec­tacles (Les pieds dans l’eau, Lapin Chas­seur) mais aus­si leurs pro­duc­tions pour la télé­vi­sion (les mythiques Des­chiens, mais aus­si Qui va m’aimer ?) dont on peut regret­ter qu’elles ne trouvent plus de cré­neau dans le vomi télé­vi­suel à 300 chaînes numé­riques.
Reve­nons à nos artistes. Salle des fêtes reprend les ava­tars de la culture popu­laire, se situant net­te­ment dans l’héritage du comique de situa­tion (dyna­mi­sé par une ges­tuelle, du chant, des ins­tru­ments, une gouaille cer­taine, voire des gueu­lantes) de Jacques Tati, dont, rap­pe­lons-le, Jérôme Des­champs est l’ayant-droit et défend la dif­fu­sion de son œuvre tam­bour bat­tant. 

Le rideau se lève donc sur le décor flat­teur aux cou­leurs pop d’une salle des fêtes, le Macum­ba : côté jar­din, un zinc auquel offi­cie la direc­trice (Lorel­la Cra­vot­ta, tou­jours aus­si pétu­lante, à coups de “aloooooors!”) de cette entre­prise orga­ni­sa­trice de “soi­rées pres­tiges”, jamais à court d’annonces télé­pho­nées. Côté cour, un micro dis­po­sé façon radio-cro­chet et deux portes de sor­tie bat­tantes. Au centre, la place de l’orchestre : une bat­te­rie d’enfant bon mar­ché de la taille d’une “jaz­zette” (petite bat­te­rie de jazz), de petits amplis Vox. La petite troupe passe en revue les cli­chés de la musique en “hits” (des Rita Mit­sou­ko – dont la cho­ré­gra­phie de Mar­cia Bai­la est ici par­fai­te­ment ému­lée, dans toute son excen­tri­ci­té ori­gi­nale – à Dali­da en pas­sant par Nir­va­na et les Bee Gees…). À coups de riffs de gui­tare (par le talen­tueux jazz­man limou­sin Gaël Rouil­hac, ici en post-ado che­ve­lu de la salle des fêtes) tan­dis qu’une sorte de Joan Baez incar­née par Cathe­rine Gavry nous offre quelques bal­lades récréa­tives au milieu de ce déluge ges­tuel et sonore.
Her­vé Lassïnce fait preuve éga­le­ment d’un grand talent d’interprétation, du jeune à pon­cho style Manu Chao en pas­sant par l’ouvrier magh­ré­bin en plein qui­pro­quo avec madame Cra­vot­ta (ça bre­douille en pid­gin pseu­do-ara­bi­sant : “Wesh­lele le plan­cher, awal­la arwah Leroy-Mer­lin!!!”). David Déjar­din s’y révèle dans une qua­li­té d’interprétation habi­tée et convain­cue (à cou­per le souffle, mais pas le rire!), et Tipha­nie Bovay-Kla­meth, venue de la scène suisse, y campe une femme de ménage abu­sée par madame Cra­vot­ta, patronne imbu­vable et sadique. Cruau­té qu’elle pro­jette avec la même volon­té per­ni­cieuse sur le per­son­nage le plus lou­foque de l’espace scé­nique joué par Pas­cal Ter­ni­sien, tou­jours à la recherche de son “Minouuuu?! Minouuuu?!”.
Allez, suf­fit, j’en ai déjà trop dit ! Si vous vou­lez connaître le sort de Minou, décou­vrir ce labo­ra­toire de numé­ros déca­lés et rire un bon coup, le spec­tacle est à l’affiche au Théâtre de Chaillot jusqu’au 16 mai 2009 !

Liens :
Inter­views de Jérôme Des­champs et Macha Makéieff : evene.fr, Pre­miere

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