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Bob Babbitt

Par Jeremy Jeanguenin

Bob Bab­bitt en 1964

Il est né Robert Krei­nar à Pitts­burgh (Penn­syl­va­nie), on dit de lui qu’il fût un ancien cat­cheur.  Après une ado­les­cence pas­sée à étu­dier la musique clas­sique, Bob Bab­bitt apprend la contre­basse du haut de ses 15 ans (il est déjà, à cette époque, d’une cor­pu­lence impres­sion­nante) et joue dans l’orchestre de son lycée puis dans de mul­tiples pubs. Deux ans plus tard, à l’occasion d’un concert, il découvre les pos­si­bi­li­tés infi­nies offertes par la puis­sance de la basse élec­trique Fen­der et décide, clair­voyant, d’échanger sa grand’ mère acous­tique contre une Fen­der Jazz Bass (à laquelle il pré­fé­re­ra fina­le­ment la Fen­der Pre­ci­sion Bass).

Puis, c’est le départ pour Detroit, quelque 400km plus loin. Il y exerce le tra­vail qu’un homme de sa sta­ture peut sup­por­ter : les chan­tiers de construc­tion lui per­mettent de vivre sa pas­sion musi­cale la nuit, en s’immisçant pro­gres­si­ve­ment dans les clubs de jazz, rock n’ roll, blues/RnB. Il forme avec quelques musi­ciens le groupe ins­tru­men­tal The Royal­tones qui connaît un suc­cès qui dépasse le cadre de la région, tel que Del Shan­non les recrute comme son orchestre per­ma­nent.

Cette solide carte de visite, et une expé­rience de la route et des ses­sions stu­dio confir­mée, lui vaut d’être repé­ré par Ber­ry Gor­dy, qui a besoin d’un bas­siste solide pour secon­der le vir­tuose James Jamer­son sur la route, auprès du jeune “lit­tle” Ste­vie Won­der, en 1968. Sou­ve­nons-nous, 1967, c’est l’heure des plus belles com­po­si­tions et des chro­ma­tismes syn­co­pés les plus savou­reux par Jamer­son et Bab­bitt : Uptight, For Once in my Life, I Was Made To Love Her, Signed, Sea­led, Deli­ve­red

Bab­bitt, c’est aus­si les pistes que Jamer­son n’a pu hono­rer sur le mythique What’s going on de Mar­vin Gaye : Mer­cy, Mer­cy Me, Inner City Blues (Make Me Wan­na Hol­ler). Bien qu’extrêmement empreint de la marque de son aîné (qui le regar­dait avec un œil méfiant de concur­rent blanc dans la mai­son de la pop noire, et finit par lui mon­trer quelques marques de sym­pa­thie), le style de Bab­bitt est plus cou­lant, doux que celui très phy­sique de Jamer­son. Ses apti­tudes musi­cales en feront le rem­pla­çant et le seul Funk Bro­ther à avoir secon­dé Jamer­son sur Detroit (d’un côté, ce der­nier lut­tait contre les démons de la bou­teille, aus­si la délo­ca­li­sa­tion de Motown sur Los Angeles engen­dra un recours fré­quent à l’habilité à la basse d’un saxo­pho­niste che­vron­né : Wil­ton Fel­der, le meneur des Cru­sa­ders).

Enfin, s’il ne fal­lait en rete­nir qu’un (le solos sont rares chez ce type de bas­siste plu­tôt en retrait, assu­rant les fon­da­tions), le titre Scor­pio du gui­ta­riste Den­nis Cof­fey et son Detroit Gui­tar Band (petit apar­té : Cof­fey vient de faire un pas­sage au Jazz Fes­ti­val de Paris-La Défense en pleine semaine et en pleine jour­née – sic !) contient un cho­rus de la main de Bob Bab­bitt épous­tou­flant.

Une légende rela­tée par Nate Watts dans le film Stan­ding in the Sha­dows of Motown (2002) fait de cette œuvre une condi­tion de recru­te­ment pour un bas­siste sur Detroit à l’époque (“if you couldn’t play that solo from Scor­pio, you couldn’t get a gig ! you couldn’t get a gig !” )

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