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Le massage musical de Leon Ware

Par Jeremy Jeanguenin

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Pour Hélène

Leon Ware n’apparaît pas comme un nom familier pour qui n’est  pas aussi monomaniaque que moi. Il n’en reste pas moins un remarquable compositeur, puisqu’il est l’orfèvre d’un de mes titres préférés interprétés par Marvin Gaye, I Want You.

Ware,  natif de Detroit (« Motor City ») employé par Berry Gordy (aux manettes de Motown), devait rester un faiseurs de chansons mais guère plus, comme en témoigna l’absence de promotion totale pour son premier opus solo, Musical Massage (1976).

Avec I Want You, Marvin Gaye trouvait la transition idéale après un Let’s Get it on suave, enregistré entre les deux pôles Motown de l’époque (Detroit et Los Angeles). Si ce dernier tranchait de façon irrévocable avec la spiritualité, l’introspection et le caractère politique assumé de What’s going on (1971) en imposant une esthétique sans fioritures du sexe comme source d’élévation et un remède (reprise dix ans plus tard dans Sexual Healing), I Want You diffère. Car Leon Ware semble rattacher à nouveau le désir à une forme de spiritualité. L’accouplement se fera dans une alcôve satinée, ou ne se fera pas.

Pour mieux accoucher ces esprits câlins et extraire la substantifique dentelle, rien ne semblait mieux indiqué que de se diriger au Marvin’s Room, l’un des studios Motown-West, sur le Sunset Boulevard à Hollywood. Marvin susurre et gémit vautré dans une chaise qui grince, ou lové dans un canapé. Il puise dans l’artillerie vocale du doo-wop pour la napper d’une sauce R&B contemporaine, que le disco balbutiant viendrait bientôt altérer. Il multiplie les pistes à l’envi, Ed Townsend empile l’ensemble avec une orchestration grandiose marquée par des incursions d’ensemble de cuivres et des envolées de cordes. Pour mieux s’en rendre compte, il est prescrit d’écouter la version Deluxe parue récemment en CD, qui comporte des versions instrumentales et alternatives.

I Want You concède un espace musical qui échappait à Let’s Get it On : rêverie, humeur matinale d’après-nuit (After the Dance), sentimentalisme. Somme magnifiée dans l’expression lapidaire mais riche de sens, « Musical Massage ». Et c’est probablement là que s’incarne la patte musicale de Leon Ware, plus introspectif, empreint de dévotion. Il a transformé Jésus en femme.

En témoigne son interprétation filmée au Paradision d’Amsterdam en 2001, poignante.

N’oublions pas que Leon Ware est aussi l’auteur de I Wanna Be Where You Are, qu’il a cédé à Michael Jackson pour son Got to Be There (1972). Si cette version reste probablement la meilleure pour moi, Ware et Gaye la reprennent à leur compte en cette même année 1976.

Pour les amoureux (et les autres), Leon Ware nous honorera de sa présence le 14 février 2013 au New Morning.

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