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La contrebasse selon Berlioz

Par Jeremy Jeanguenin

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Hector Berlioz, dans son Traité d’instrumentation (édition revue et augmentée de 1855, Henry Lemoine & Cie Éditeurs), aborde, dans le chapitre dédié aux cordes, le rôle de la contrebasse. Il est intéressant qu’il situe la contrebasse dans l’orchestre comme un instrument devant être pleinement pensé par le compositeur. En effet, la contrebasse est un instrument sur lequel il est difficile d’être véloce (encore bien davantage qu’au violoncelle, qui lui comporte la difficulté des doigtés causée par l’accordage des cordes en quintes), sans aller jusqu’au dédain qui saisit le contrebassiste de Süskind. Sans être trop simplificateur, le compositeur doit penser à l’exécution sur cet instrument, notamment lorsqu’il s’agit d’apporter des accents, des impressions fortes liées à l’ambiance évoquée.

Le deuxième observation important de ce texte, c’est la nécessité de dépasser le registre traditionnel en permettant à la contrebasse d’atteindre le do grave, avec l’exemple de Beethoven : « […]ce qui ferait supposer que l’orchestre pour lequel il écrivit possédait des contrebasses descendant jusqu’à l’Ut octave basse de l’Ut des violoncelles, et qu’on ne trouve plus aujourd’hui. »

Depuis, on a « retrouvé » la tessiture de la contrebasse à cinq cordes que de nombreux luthiers fabriquent (comme Patrick Charton, en France. Le Do est préféré au Si, bien que ce dernier reste possible). La basse électrique, elle, est devenue courante dans sa version cinq cordes avec un Si grave.

    […] On a le tort aujourd’hui, d’écrire pour le plus lourd de tous les instruments des dessins d’une telle rapidité que les violoncelles eux-mêmes ont de la peine à les rendre. Il en résulte un inconvénient très grand, les contrebassistes paresseux ou réellement incapables de lutter avec des difficultés pareilles, y renoncent de prime abord et s’attachent à simplifier le trait; mais la simplification des uns n’étant pas celle des autres, puisqu’ils n’ont pas tous les mêmes idées sur l’importance harmonique des notes diverses contenues dans le trait, il s’ensuit un désorde, une confusion horribles. Ce chaos bourdonnant plein de bruits étranges, de grognements hideux, est complété ou encore accru par les autres contrebassistes plus zélés ou plus confiants dans leur habileté, qui se consument en efforts inutiles pour arriver à l’exécution intégrale du passage écrit.

    Les compositeurs doivent donc bien prendre garde à ne demander aux contrebasses que des choses possibles, et dont la bonne exécution ne puisse être douteuse. C’est assez dire que le vieux système des contrebassistes simplificateurs, système généralement adopté dans l’ancienne école instrumentale, et dont nous venons de montrer le danger, est à présent tout à fait repoussé. Si l’auteur n’a écrit que des choses convenables à la nature de l’instrument, l’exécutant doit les faire entendre; rien de plus, rien de moins. Quand le tort est au compositeur, c’est lui et les auditeurs qui en supportent les conséquences, l’exécutant alors n’a plus à répondre de rien. […]

    Beethoven a également tiré parti de ces notes à peine articulées (sc. des contrebasses), mais à l’inverse de l’exemple précédent [Gluck, Orphée IIème acte], en accentuant la première note du groupe plus que la dernière. Tel est ce passage de l’orage de la Symphonie Pastorale, qui donne si bien l’idée des efforts d’un vent violent chargé de pluie, et des sourds grondements d’une rafale. Remarquons que Beethoven dans cet exemple et dans beaucoup d’autres passages a donné aux contrebasses des notes graves qu’elles ne peuvent exécuter; ce qui ferait supposer que l’orchestre pour lequel il écrivit possédait des contrebasses descendant jusqu’à l’Ut octave basse de l’Ut des violoncelles, et qu’on ne trouve plus aujourd’hui. (Exemple : Symphonie pastorale, 4ème mouvement mesures 45-70) […].

Les différentes sources du Traité sont disponibles à cette adresse : http://imslp.org/wiki/Treatise_on_Instrumentation_%28Berlioz%2C_Louis_Hector%29 .

Référence bibliographiques à la Bibliothèque nationale de France :

Traité d’instrumentation et d’orchestration [Texte imprimé] / par Hector Berlioz. -- Paris ; Bruxelles : H. Lemoine, [entre 1885 et 1894]. -- 312 p. ; 34 cm.

La p. de titre porte : «  »Nouvelle édition suivie de « L’art du chef d’orchestre » appendice par Ch. M. Widor (publié en un volume séparé) ». -- Introduction. -- Daté d’après le Dictionnaire des éditeurs de musique français / A. Devriès, F. Lesure, 1988 (Br.). --
http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb39714876f/ISBD

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