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Robert Palmer

Par Jeremy Jeanguenin

Je ne pou­vais m’empêcher de par­ler un peu de Robert Pal­mer. Mon enfance mar­quée par l’instrumentation de John­ny & Mary pour la publi­ci­té des auto­mo­biles Renault 9 et 11 en 1987 ain­si que l’illustration sonore pour la bière Hei­ne­ken avec Eve­ry Kin­da People (excellent titre par ailleurs) ne m’avaient pas lais­sé ima­gi­ner la créa­ti­vi­té et la mul­ti­pli­ci­té des genres musi­caux qu’il avait appro­chés et dans les­quels il avait, in fine, sou­vent excellé.

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Et puis, en fan des Meters de la Nou­velle-Orléans, ces par­rains du funk dépouillé qui puisent aux racines blues maré­ca­geuses, j’ai réa­li­sé qu’ils avaient par­ti­ci­pé à l’album du bri­tan­nique Robert Pal­mer Snea­kin’ Sal­ly Through the Alley en 1974. Après trois albums avec le com­bo Vine­gar Joe, le plus soul des bri­tan­niques s’entoure res­pec­ti­ve­ment des piliers que sont Leo Nocen­tel­li (gui­tare), George Por­ter Jr (basse), Art Neville (cla­viers) et Joseph Mode­liste (bat­te­rie), réunis sous le nom des fameux The Meters. Mais accor­chez-vous bien, tout ce petit monde ne suf­fit pas à enjouer la crasse joyeuse qui agite cet album enre­gis­tré à la Nou­velle-Orléans : on y trouve aus­si Simon Phi­lips, Cor­nell Dupree, Lowell George ou encore… Ber­nard “Pret­ty” Purdie !

 

Le jeune Robert Pal­mer par­vient à voler de ses propres ailes. Coup de maître pour le jeune inter­prète. L’osmose avec les Meters est bien pré­sente. Sur la route, Leo Nocen­tel­li l’accompagne, avec le solide Pierre Brock (basse et voix) venu tout droit de New York City. Voi­ci une trace de cette époque en vidéo, fil­mée en 1978.

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La suite, c’est l’album Pres­sure Drop (1975), et sa cou­ver­ture illus­trée plus que sug­ges­tive. Pres­sure Drop est à l’origine un titre du groupe reg­gae Toots & The May­tals (trad. fran­çaise : “chute de ten­sion”). Le titre rend compte l’imprégnation des jeunes bri­tan­niques par la musique reg­gae (n’oublions pas que de nom­breux musi­ciens jamai­cains venaient enre­gis­trer à Londres, ne serait-ce que Bob Mar­ley avec Catch a Fire). Pal­mer est à nou­veau sup­por­té par la bande de Lowell George, le Lit­tle Feat. Mais on trouve sur­tout, par­mi la tren­taine de musi­cien cré­di­tés, le solide James Jamer­son. Il faut y voir là un chant du cygne pour le vir­tuose de la basse de Detroit : le titre d’ouverture, Give Me an Inch, mélan­co­lique et super­be­ment arran­gé et orches­tré est l’une des der­nières démons­tra­tions du talent har­mo­nique et ryth­mique de Jamer­son, qui suc­com­be­ra moins de 8 années plus tard des suites de mala­die pan­créa­tique liée à l’alcoolisme dont il souffrait.

Entre sen­ti­men­ta­lisme ryth­mé (Back in My Arms), reg­gae (Pres­sure Drop) et virée néo-orléa­naise (River Boat, signée Allen Tous­saint), Pres­sure Drop nous plonge, le temps d’un songe, dans un uni­vers sin­gu­lier (d’aucun le décrièrent trop “poli”), emme­né par l’assurance vocale de Robert Pal­mer. Un joyau négli­gé que je ne peux que vous invi­ter à (re-) découvrir.

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