Schwob et Bertillon

J’ai évo­qué, à l’oc­ca­sion de mon pas­sage à Lau­sanne et de la visite de l’ex­po­si­tion du Musée de l’É­ly­sée, le cri­mi­no­logue pion­nier Alphonse Ber­tillon. Par hasard, à la lec­ture des Mœurs des Diur­nales. Trai­té de jour­na­lisme de Mar­cel Schwob (sous le pseu­do­nyme de Loy­son-Bri­det), je tombe sur le cha­pitre inti­tu­lé “De la science”.

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Bien enten­du, je ne peux que vous encou­ra­ger à jeter un œil à cet ouvrage, ou mieux, à l’ac­qué­rir. Les Édi­tions des Cendres l’ont réédi­té dans la col­lec­tions “Oubliettes” à 2000 exem­plaires en 1985.

Pour les plus biblio­philes d’entre vous, Syl­vain Gou­de­mare (schwo­bien devant l’é­ter­nel, voir l’é­di­tion Phé­bus et aus­si Shige Gon­zal­vez qui a par­lé récem­ment des tré­sors ubuesques en cette échoppe) en pro­pose un exem­plaire in‑4° de 1926. C’est un trai­té très grin­çant et cynique, dans lequel Schwob mal­traite, non sans iro­nie, ses contem­po­rains jour­na­listes. Nos jour­na­leux devraient tous le lire ou le relire, sans excep­tion.

schwob mœurs

Je revien­drai sur Schwob et ses livres dans un pro­chain billet.

Je repro­duis ici cha­pitre (p. 130 – 131, Éd. des Cendres), dans lequel il prend pour exemple Ber­tillon. On pour­ra aus­si consul­ter l’é­di­tion ori­gi­nale sur Gal­li­ca.

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De la science

(Cha­pitre très court)

Vous avez du sujet que vous trai­tez des notions vagues, comme il convient. Il est bon, poli­tique et flat­teur pour le public de recon­naître qu’il les pos­sède éga­le­ment. Ain­si l’hyp­no­tisme, la sug­ges­tion, la puis­sance de la volon­té sont choses dont tout le monde doit avoir enten­du par­ler. Le public, même s’il les ignore, sera heu­reux, comme M. Jour­dain, de les connaître sans le savoir.
Vous écri­rez donc, dans un article  sur l’an­thro­po­mé­trie (sys­tème Ber­tillon) :

On sait éga­le­ment que la volon­té n’a aucune influence sur la lon­gueur de la tête.
(Le Gau­lois
, 6 novembre 1902).

Si votre direc­teur vous demande d’où vous avez tiré ce fait, ne le ren­voyez pas au Dic­tion­naire Larousse, qui est à sa dis­po­si­tion, qui est trop connu, et sou­vent inexact. Citez Lom­bro­so, Ser­gi, Tarde, la Psy­cho­pa­tie sexuelle du Dr Moll, Krafft-Ebing, les cli­niques de Luys, Char­cot et l’in­ter­view que vous avez prise à Ber­tillon. Vir­chow, Manou­vrier, Sir John Lub­bock, de Mor­tillet sont éga­le­ment des noms à rete­nir et à citer en matière d’an­thro­po­mé­trie ou d’an­thro­po­lo­gie. N’ou­bliez pas que Moll est autri­chien, Krafft-Ebing alle­mand, Vir­chow prus­sien, Sir John Lub­bock anglais, Lom­bro­so et Ser­gi ita­liens, mais que Ber­tillon est fran­çais. Les lec­teurs fran­çais se réjoui­ront.

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Jeremy Jeanguenin

2 réflexions sur « Schwob et Bertillon »

  1. Mer­ci d’a­voir atti­ré l’at­ten­tion sur ce texte de Schowb… et sur les édi­tions des cendres (à ne confondre avec celles de Sandre).

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