Monk Montgomery, pionnier du groove électrique

Monk Mont­go­me­ry jouant une Fen­der Jazz Bass typique de la période 1966

Voi­là un Mont­go­me­ry qui n’a pas eu la recon­nais­sance de son propre frère, l’illustre gui­ta­riste de jazz Wes Mont­go­me­ry. Le troi­sième frère, le ben­ja­min, Bud­dy Mont­go­me­ry, vibra­pho­niste (à noter qu’on le trouve au pia­no sur des ses­sions tar­dives des années 1990, alors que Roy Ayers tient les mailloches !), a pro­ba­ble­ment subi le même sort, se reti­rant qua­si­ment de la scène pour vivre de l’en­sei­gne­ment de la musique et de ses­sions en stu­dio.

C’est par une inter­view de Carol Kaye au site BassPlayer.tv que j’ai pu décou­vrir William Howard “Monk” Mont­go­me­ry (1921 – 1982), qu’elle qua­li­fie de pion­nier de la basse élec­trique au sein des for­ma­tions Big Band Jazz, eu égard au fait que Jaco Pas­to­rius récolte tous les hon­neurs en tant que bas­siste élec­trique vir­tuose de la sphère jazz-fusion :

“People don’t know but one of the first players of the elec­tric bass was Monk Mont­go­me­ry. He went on the road with Lio­nel Hamp­ton’s band, playing the elec­tric bass, back in the fif­ties. He’s the first one that used elec­tric bass, I think, in the Big Band. It soun­ded good, too!”

(“Les gens l’i­gnorent mais l’un des pre­miers joueur de basse élec­trique était Monk Mont­go­me­ry. Il a accom­pa­gné l’or­chestre de Lio­nel Hamp­ton, en jouant de la basse élec­trique, c’é­tait dans les années 1950. Il est le tout pre­mier à avoir uti­li­sé la basse élec­trique dans un contexte de Big Band. Et ça son­nait!”).

La légende qui fait de Bill Black, contre­bas­siste d’El­vis Pres­ley, le pre­mier bas­siste élec­trique prend du plomb dans l’aile. Un des pre­miers du rock, sans doute, pas de la musique. À l’ins­tar de la plu­part des pion­niers de la basse, Monk Mont­go­me­ry était un trans­fuge de la contre­basse (tan­dis que Carol Kaye vient de la gui­tare).

Cepen­dant, à l’in­verse de James Jamer­son, qui avait abor­dé l’ins­tru­ment en décal­quant tota­le­ment la tech­nique de la contre­basse (ten­sion énorme des cordes, jeu au doigt en cro­chet), Monk Mont­go­me­ry tente de l’a­bor­der comme un ins­tru­ment entiè­re­ment neuf. Il n’est pas rare, d’a­près les pho­tos, de le voir jouer d’une façon hété­ro­doxe (le point de repère étant la manière de jouer com­mune d’au­jourd’­hui), en uti­li­sant son pouce. Là encore, la magie opère sans arti­fices. Point de prouesses tech­niques (pas de slap et d’a­va­lanches de notes, encore moins de tap­ping à trois mains), peu de notes et bien posées, avec du silence et de la syn­cope, en veux-tu en voi­là ! Il en est de Mont­go­me­ry comme de Jamer­son : il y a peu de notes, mais si par­fai­te­ment pla­cées qu’elles sont ryth­mi­que­ment dif­fi­cile à exé­cu­ter (les lec­teurs, dans une moindre pro­por­tion les déchif­freurs de sol­fège tire­ront alors grand béné­fice des indi­ca­tions de rythme et de mesures).

The Mas­ter­sounds, for­ma­tion des frères Mont­go­me­ry créée à Seat­tle

Car, on aurait ten­dance à l’ou­blier, faute de pers­pec­tive his­to­rique suf­fi­sante, tant nous sommes fami­liers de ces ins­tru­ments à la fois modernes et si récents, même dans les années 1960, la basse élec­trique – entrée alors dans la langue popu­laire musi­cale comme la “Fen­der Bass” – est quelque chose d’é­trange, fas­ci­nant : on peine presque à croire que cette planche à quatre corde va rem­pla­cer la contre­basse dans les orchestres modernes. Les pro­pos de Chuck Rai­ney sur sa pre­mière basse per­mettent de prendre la mesure du carac­tère excep­tion­nel de l’ins­tru­ment en ce temps (ce devait être comme pos­sé­der un séquen­ceur tac­tile de nos jour, l’ob­jet fran­che­ment extra-ter­restre) :

“Since I was playing single notes, someone sug­ges­ted that I get a bass. And I did that ; my parents got it for me. I got a Fen­der bass, and I was the only per­son in Young­stown, Ohio at that time that had a Fen­der bass. [Laughs]. And, of course, the band I was in got a lot of atten­tion because of the ins­tru­ment. You know the Fen­der bass was a rela­ti­ve­ly new ins­tru­ment.”

(“Comme je jouais note-à-note, quel­qu’un me sug­gé­ra de trou­ver une basse. Et je l’ai fait ; mes parents m’en ont payé une. J’ai eu une basse Fen­der, et  j’é­tais la seule per­sonne de Young­stown, Ohio, à l’é­poque, à pos­sé­der une basse Fen­der. [rires]. Et bien enten­du, le groupe et moi-même gagnions beau­coup d’at­ten­tion du fait de cet ins­tru­ment. Vous savez, la basse Fen­der était un ins­tru­ment rela­ti­ve­ment nou­veau.”) (ndr : on situe son début à la basse vers 1958)

The Mas­ter­sounds, 1957

Reve­nons à Monk Mont­go­me­ry, qui, outre ses fonc­tions d’ac­com­pa­gna­teur, a pro­duit quelques opus où la basse emmène les thèmes. Signa­lons, en 1957, avec les Mas­ter­sounds, Water’s Edge, qui comp­tait à sa for­ma­tion Bud­dy Mont­go­me­ry (vibra­phone), Richie Crab­tree (pia­no), Monk Mont­go­me­ry (basse élec­trique Fen­der), Ben­ny Barth (bat­te­rie). Sur la pochette, Monk Mont­go­me­ry tient une basse Fen­der typique de la période 1951 – 1954 : forme issue de la gui­tare Tele­cas­ter, tête cou­pée qua­si droite, capots chro­més sur le micro et le che­va­let, tam­pon-étouf­foir en mousse sous les cordes). On note­ra d’ailleurs la qua­si publi­ci­té pour l’ins­tru­ment (lieu com­mun de l’é­poque), puis­qu’il est le seul à faire appa­raître le sien et à le nom­mer par la marque dans les cré­dits du disque (cf supra).

réédi­tion cd de It’s never too late (Mo Jazz)

En 1969, c’est la paru­tion de It’s never too late, chez Motown Records (tiens en par­lant de Jamer­son !). L’al­bum est essen­tiel­le­ment consti­tué de titres et stan­dards jazz (dans le style Broad­way, Nan­cy Hamil­ton et Mor­gan Lewis) et soul, issus du cata­logue Motown (Ste­vie Won­der). On retien­dra la par­ti­ci­pa­tion du saxophoniste/bassiste Wil­ton Fel­der (Motown West Coast, sec­tion dite “Mo-West”) aux arran­ge­ments de Can we talk to you ?

A Bass Odys­sey (1971)

En 1971 paraît son deuxième opus solo, cette fois sous le label Chi­sa, mais tou­jours au sein de Motown Records : A Bass Odys­sey. Il pose fiè­re­ment avec une Fen­der Jazz Bass et l’am­pli seyant. C’est à presque cin­quante années qu’il explore tou­jours plus loin les pos­si­bi­li­tés de la basse élec­trique dans un contexte jazz, à par­tir de ses propres com­po­si­tions jazz (une seule est signée de son frère Bud­dy). Comme je ne peux vous indi­quer de liens d’é­coute vers Spo­ti­fy, je vous invite à écou­ter Jour­ney to the Bot­tom sur You­Tube.

Rea­li­ty (1974)

À écou­ter aus­si, son der­nier opus, Rea­li­ty (1974), paru chez Phi­la­del­phia Inter­na­tio­nal Records, qui tend réso­lu­ment vers le funk old school comme on l’aime (de la wah-wah, du cla­vi­net, des cuivres qui suintent : on n’est pas loin des HeadHun­ters (avec Her­bie Han­cock et sans) et des Bar-Kays période Got­ta Groove (1969).

Sur ce, comme je découvre moi aus­si, humble mélo­mane mais non moins mono­ma­niaque, je vais musar­der sur la toile en quête de maté­riau…

Bonne écoute !

Sources consul­tées :

http://www.bassguitar.com/william-howard-montgomery.html

http://www.bassplayer.com/article/will-lee-interviews/feb-97/6962

http://bassplaying.com/?q=node/210

http://www.freshsoundrecords.com/record.php?record_id=4954

http://en.wikipedia.org/wiki/Monk_Montgomery

http://myjazzworld.blogspot.com/2008/10/monk-montgomery-reality.html ( note : consul­té le 12 jan­vier 2010, blog inac­tif au 24 février 2010)

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Jeremy Jeanguenin

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