Je l’appelais Morgan

Concert à Amster­dam, Art Bla­key & the Jazz Mes­sen­gers, Lee Mor­gan à la trom­pette, le 15 novembre 1959

Tel est le titre du film docu­men­taire de Kas­per Col­lin consa­cré à l’in­croyable musi­cien qu’é­tait Lee Mor­gan : I Cal­led Him Mor­gan. Mor­gan, génie des pis­tons, alchi­miste du hard bop jus­qu’en 1972, où il trouve la mort sous les balles de son épouse Helen, folle de jalou­sie. Lee Mor­gan avait alors l’âge chris­tique : 33 ans.

La trame nar­ra­tive de ce film docu­men­taire est gui­dée par les entre­vues enre­gis­trées par Lar­ry Reni Tho­mas, enre­gis­trées en 1995 et 1996. Tho­mas, alors ensei­gnant en arts, s’est trou­vé éba­hi d’a­voir par­mi ses élèves une femme âgée du nom de Mor­gan et de décou­vrir qu’elle était la femme du musi­cien. Veuve et assas­sin à la fois, puis­qu’elle l’a­che­va de deux balles de révol­ver au club de jazz Slugs’ Saloon le 19 février 1972. De ces entre­tiens paraî­tra en outre un livre, The Lady Who Shot Lee Mor­gan (UBUS, 2014).

Ce film est par ailleurs une prouesse archi­vis­tique. En effet, il s’ap­puie sur les archives pho­to­gra­phiques du label Blue Note, mais aus­si une série d’en­tre­tiens réa­li­sés sur magné­to­phone, avec Lee Mor­gan, Helen Mor­gan, Art Bla­key, ain­si que des extraits ori­gi­naux de concerts fil­més.

On découvre par ce film une face sombre de Lee Mor­gan : au trom­pet­tiste impec­cable et flam­boyant on oppose un jeune homme tour­men­té par les drogues et l’al­cool. Mais on y dévoile éga­le­ment un homme habi­té par la classe, méti­cu­leux dans ses choix ves­ti­men­taires (il allait jus­qu’à por­ter de splen­dides four­rures), tou­jours impec­ca­ble­ment coif­fé et chaus­sé comme un duc. Ce sont d’ailleurs de magni­fiques chaus­sures qu’il ven­dra un jour pour ache­ter la dose d’hé­roïne. Tra­gique va-nus-pieds.

Le film a éga­le­ment le mérite, au tra­vers de témoi­gnages oraux et de pho­tos, de sou­li­gner la force du men­to­rat exer­cé par Diz­zy Gil­les­pie, avec qui Lee Mor­gan se mit à riva­li­ser au sein de son propre orchestre. Les deux trom­pettes au pavillon incli­né vers le haut entre­te­naient une rela­tion fra­ter­nelle et ami­ca­le­ment fron­deuse.

Mais ce qui res­sort de ce film super­be­ment réa­li­sé, c’est le trou­blant par­don qui émane des témoi­gnages poi­gnants de ses anciens musi­ciens : Jymie Mer­ritt, Wayne Shor­ter et Ben­nie Mau­pin, notam­ment. Gagnés par la colère et la rage, les musi­ciens par­don­ne­ront fina­le­ment à Helen Mor­gan, lui per­met­tant une inat­ten­due rédemp­tion. Car ils lui devaient d’a­voir remis le trom­pet­tiste jun­kie sur pied, après une tra­ver­sée chao­tique de la décen­nie 1960.

Avis aux ama­teurs, le film est dis­po­nible sur Net­Flix depuis le 24 juillet 2017.

Affiche du film de Kas­per Col­lin, I Cal­led Him Mor­gan
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Jeremy Jeanguenin

Revenir en haut de page
%d blogueurs aiment cette page :