Brad Campbell, ou l’alter ego soul de Janis Joplin

Brad Campbell, architecte musical du Kozmic Blues Band
Brad Camp­bell, archi­tecte musi­cal du Koz­mic Blues Band

Je devrais créer une rubrique “légendes de la basse”, bien que cela me semble clin­quant, agui­cheur, réduc­teur. J’ac­cuse le sté­réo­type de l’hom­mage du genre “nos chan­teurs dis­pa­rus” (sui­vez mon regard, joies de la télé­vi­sion fran­çaise – celle-là ne me manque en rien). On sent venir le sté­réo­type du musi­cien vir­tuose emmer­deur, jouant une musique écou­tée rien que par les musi­ciens.

On me deman­dait récem­ment si j’ai­mais les “grands bas­sistes” – à cela je repon­dis “je pré­fère les petits ! C’est quoi pour toi un grand bas­siste ? – réponse : le “G3” de la basse, les asti­queurs de manches en chef, les dénom­més et ennuyeux quoique doués : Mar­cus Mil­ler, Vic­tor Woo­ten, Stan­ley Clarke. Moue de l’in­té­res­sé. Oui, j’ai tou­jours pré­fé­ré les bas­sistes en retrait, dans la tra­di­tion de la contre­basse, qui par­ti­cipe à l’as­sise ryth­mique des com­po­si­tions, scel­lant quelques lignes dépouillées mais impa­rables : les James Jamer­son, Paul McCart­ney, Duck Dunn, Wil­ton Fel­der, Bob Bab­bitt. À ceux-là l’oc­ca­sion m’est ici offerte d’en ajou­ter un autre, et par là-même de lui rendre jus­tice.

Je veux par­ler de Brad Camp­bell, bas­siste nord amé­ri­cain (cana­dien, plus pré­ci­sé­ment) qui entraî­na l’in­flexion soul façon Stax/Volt du Koz­mic Blues Band, le deuxième groupe de Janis Joplin (après le défunt et tout aus­si – sinon davan­tage – mythique Big Bro­ther & The Hol­ding Com­pa­ny, dont ne res­tait qu’un res­ca­pé, le com­po­si­teur et gui­ta­riste Sam Andrew) puis dans le Full Tilt Band. Brad Camp­bell a fait ses armes de bas­siste et chan­teur dans The Pau­pers, for­més à Toron­to au cours de l’an­née 1965, groupe qui l’a­vait déjà arra­ché aux plus obs­curs The Last Words.

Brad Campbell, debout à droite, au sein de The Last Words (circa 1965)
Brad Camp­bell, debout à droite, au sein de The Last Words (cir­ca 1965)

C’est Janis Joplin qui appro­che­ra direc­te­ment Brad Camp­bell pour for­mer son nou­veau groupe. Par iro­nie ou non, le bass­siste déjà dis­cret, céré­bral (encore un sté­réo­type), Brad Camp­bell signait les arran­ge­ments et cer­taines com­po­si­tions du pseu­do­nyme Keith Cher­ry. Car l’homme, en plus d’une vir­tuo­si­té blues/soul à la basse élec­trique qui en font le pair (aus­si bien que l’é­mule, ose­ront cer­tains) de Jamer­son (Motown), Duck Dunn (Stax/Volt), John Paul Jones (Led Zep­pe­lin), James Alexan­der (The Bar-Kays), etc., maî­tri­sait l’or­ches­tra­tion, la vue d’en­semble de ce qui porte la musique d’une for­ma­tion tant élec­trique qu’é­clec­tique (le magni­fique Sum­mer­time adap­té de George et Ira Ger­sh­win) .

Brad Campbell sur scène avec Janis Joplin
Brad Camp­bell sur scène avec Janis Joplin
Le Full Tilt Boogie Band, Brad Campbell est juste derrière Janis Joplin
Le Full Tilt Boo­gie Band, Brad Camp­bell est juste der­rière Janis Joplin

Je ne dis­pose que d’in­for­ma­tions très par­cel­laires, inutile donc de bros­ser une bio­gra­phie exhaus­tive. Quelques extraits de pres­ta­tions live avec Janis Joplin suf­fi­ront au bon­heur de pou­voir le citer : voi­ci Brad Camp­bell, bas­siste qui contri­bua au son psy­ché­dé­lique et au suc­cès intem­po­rel des deux der­niers groupes de la diva éche­ve­lée, brus­que­ment décé­dée dans sa 27e année. Vous enten­dez ces cuivres sur Try (Just a lit­tle bit har­der) ? C’est l’homme qui les a com­po­sés.

Allez, voi­ci quelques mor­ceaux de groove de choix.

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Jeremy Jeanguenin

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