André Breton, lieux (2)

Voi­là le second extrait de Bre­ton (sou­ve­nez-vous, le pre­mier était un extrait de Nad­ja), pro­ve­nant de son ouvrage Les vases com­mu­ni­cants (1932), qui évoque la monu­men­tale porte de Saint-Denis comme une mani­fes­ta­tion du hasard objec­tif. Le pas­sage pré­cède de quelques dizaines de pages l’é­vo­ca­tion du Palais idéal du Fac­teur Che­val.

La porte de Saint-Denis par Gabriel Pérelle, 1675. Le monu­ment est éri­gé à la gloire de Louis XIV, “Ludo­vi­co Magno” (Louis le Grand)

Bre­ton appuie sa fas­ci­na­tion, en un rapide rap­pel, par l’ ”aspect cen­tri­fuge” que la porte par­tage avec un autre point d’at­ti­rance, i.e. la tour Saint-Jacques. Cette vision médium­nique ins­pi­re­ra sans le moindre doute la dérive situa­tion­niste et son expli­cite hypo­thèse des plaques tour­nantes dans la théo­rie psy­cho­géo­gra­phique. La ville, ter­rain d’ex­pé­ri­men­ta­tion, devient un labo­ra­toire d’i­dées.

L’ex­trait qui suit est tiré de l’é­di­tion de poche de la col­lec­tions (regret­tée) “Idées” chez Gal­li­mard (1973).

Cédant à l’at­ti­rance que depuis tant d’an­nées exerce sur moi le quar­tier Saint-Denis, atti­rance que je m’ex­plique par l’i­so­le­ment des deux portes qu’on y ren­contre et qui doivent sans doute leur aspect si émou­vant à ce que naguère elles ont fait par­tie de l’en­ceinte de Paris, ce qui donne à ces deux vais­seaux, comme entraî­nés par la force cen­tri­fuge de la ville, un aspect tota­le­ment éper­du, qu’elles ne par­tagent pour moi qu’a­vec la géniale tour Saint-Jacques, je flâ­nais vers six heures dans la rue de Para­dis, quand l’im­pres­sion que je venais de pas­ser sans bien le voir devant un objet inso­lite me fit reve­nir de quelques mètres sur mes pas.

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Jeremy Jeanguenin

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