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Patrick Straram, index/indices

Patrick Stra­ram (Paris, 12 jan­vier 1934 – 3 mars 1988) est un écri­vain qué­bé­cois d’o­ri­gine fran­çaise qui a par­ti­ci­pé à l’a­ven­ture de l’in­ter­na­tio­nale let­triste de 1950 à 1953. On lui doit, pas­sée cette courte période – mise en lumière à par­tir de docu­ments inédits en 2006 dans une pers­pec­tive de dépas­se­ment du “debor­do­cen­trisme” de l’in­ter­na­tio­nale let­triste et a for­tio­ri de l’in­ter­na­tio­nale situa­tion­niste –, des ouvrages consa­crés à la lit­té­ra­ture (le théâtre sur­tout et des poèmes consub­stan­tiels à la musique qu’il affec­tion­nait. Il emprun­ta, dans la der­nière par­tie de sa vie (l’é­poque “hip­pie” qué­bé­coise de Stra­ram, pour rac­cour­cir) à Boris Vian, autre grand ama­teur de jazz, le pseu­do­nyme de Bison Ravi (ana­gramme de “Boris Vian”). Il pro­clame à ce sujet “Mon nom n’est pas Patrick Stra­ram, mon nom c’est Patrick Stra­ram le Bison Ravi”.  Il est par ailleurs le petit-fils du musi­cien Wal­ter Stra­ram (ana­gramme de Marie Émile Félix Wal­ter Mar­rast, un des grands noms de la musique dans l’entre-deux guerres) et le fils d’En­rich Stra­ram, direc­teur du Théâtre des Champs-Ély­sées. En ce sens, il consti­tue le chaî­non idéal et man­quant entre un Debord dont l’in­té­rêt pour la musique moderne sem­blait limi­té ( ama­teur de musique baroque et de musette, on sait qu’il admi­rait quelques grands disques de jazz, comme en témoigne l’u­ti­li­sa­tion d’un titre d’ Art Bla­key and The Mes­sen­gers – Whis­per Not (1958) – dans In girum imus nocte et consu­mi­mur igni… 

Au-delà de cela, le direc­teur d’inter­na­tio­nale situa­tion­niste a per­sis­té d’i­gno­rer les convul­sions du rock et de la folk music – fait rele­vé avec per­ti­nence par Tou­louse-La-Rose dans son petit opus­cule Pour en finir avec Guy Debord –, tout comme il igno­ra l’his­toire moderne renou­ve­lée par l’É­cole des Annales ) et un Vian chro­ni­queur fou et trom­pet­tiste bla­fard, han­té par la pas­sion des thril­ler à l’américaine…

D’ailleurs, c’est en 1979 que Stra­ram consa­cre­ra  pas moins de cinq émis­sions radio à Boris Vian. Stra­ram, c’est le pen­dant inac­cep­table de Debord – quoique ce der­nier le dési­gnât comme l’au­teur de la “pre­mière décla­ra­tion situa­tion­niste expri­mée” –, il est voya­geur, il aime le rock anglo-amé­ri­cain, il a sali ses mains pour des salaires et – Ô misère ! – il s’é­pre­nait de Resnais, de Que­neau, de Deleuze et tant d’autres bour­geois… par­mi les­quels l’un est encore plus into­lé­rable que les autres : “le plus con des Suisses pro-chi­nois”, Jean-Luc Godard.

Patrick Stra­ram, pho­to­gra­phie de 2e de cou­ver­ture de “irish cof­fee au no name bar & vin rouge val­ley of the moon” © Louise Rémillard et André Tremblay

Stra­ram aimait pas­sion­né­ment les disques (on lui vola sa consé­quente col­lec­tion au début des années 1980 ain­si que son maté­riel audio, un coup fatal alors qu’il est obli­gé de se réfu­gier chez une amie à Lon­gueuil, Fran­cine, à l’en­droit de Mont­réal dit “Rive Sud” et quar­tier popu­laire de HLM). Nombre de ses poèmes sont autant d’en­vo­lées lyriques (il aime par ailleurs les lita­nies dans ce style cher à Mal­colm Lowry, dont il admire Au-des­sous du vol­can) consa­crés au groupe de l’On­ta­rio The Band (il voue un culte sans limites au titre The Weight et à l’al­bum The Big Pink– qui appa­raît dans la bande ori­gi­nale de Easy Rider de Den­nis Hop­per qui s’est éteint aujourd’­hui 29 mai 2010), mais aus­si au Gra­te­ful Dead de Jer­ry Gar­cia, aux Rol­ling Stones, à Dylan… Stra­ram ain­si, dans une idio­syn­cra­sie tein­tée d’é­thy­lisme, est le plus aven­tu­rier et moderne de ses (ex-) com­pa­gnons de dérive volon­tiers plus ancrés du côté de la Renais­sance et de la belle langue que dans la trans­fi­gu­ra­tion folk de San Fran­cis­co. Pour­tant, il repré­sente un trait d’u­nion entre les avant-gardes et la contre-culture, et tant va le tri­card à l’art spec­ta­cu­laire qu’à la fin on l’oublie.

Pour expri­mer son déra­ci­ne­ment inévi­table et l’im­por­tance de son émi­gra­tion, il emprun­tait à Brecht la cita­tion sui­vante : “La meilleure école pour la dia­lec­tique, c’est l’é­mi­gra­tion. Les dia­lec­ti­ciens les plus péné­trants sont exilés”.

Il est vrai qu’en France, nous (disons, le large public sen­sible à TOUS les par­ti­ci­pants aux avant-gardes) connais­sons Stra­ram que depuis la réédi­tion de ses textes sous l’im­pul­sion robo­ra­tive d’un tan­dem d’u­ni­ver­si­taires, Boris Don­né et Jean-Marie Apos­to­li­dès, à tra­vers trois textes : Les Bou­teilles se couchent (Allia, 2006), La veuve blanche un peu détour­née (Sens & Ton­ka, 2006), Lettre à Guy Debord (Sens & Ton­ka, 2006).

Aus­si un répè­rage biblio­gra­phique, que l’on com­plé­te­ra pour avec l’ex­cellent inven­taire du fonds Stra­ram dres­sé en 2003 par Hélène Blain pour la BAnQ (Biblio­thèque et Archives natio­nales du Qué­bec, Mont­réal), don­ne­ra un autre éclai­rage qu’un por­trait de Stra­ram en ami déri­veur de Debord, de façon à pré­sen­ter ce pro­bable rené­gat, par sa sen­si­bi­li­té au mou­ve­ment hip­pie, aux mani­fes­ta­tions que les ortho­doxes de l’IS auraient jugées comme de mépri­sables mani­fes­ta­tions spec­ta­cu­laires. Pour­tant, de nom­breuses simi­li­tudes avec le jeune Debord sont frap­pantes, ain­si l’ad­mi­ra­tion por­tée à Sartre (Debord a plu­tôt dis­si­mu­lé cela, mais Boris Don­né a démon­tré habi­le­ment com­ment Sartre est réfé­rent chez lui), notam­ment à tra­vers une fas­ci­na­tion pour le roman L’Âge d’homme (1945) et la por­tée du genre auto­bio­gra­phique, ain­si qu’une poé­tique des lieux et sur­tout de la ville sti­mu­lée par l’ab­sorp­tion de quan­ti­tés d’al­cools inconcevables.

Enfin, l’i­ti­né­raire de Patrick Stra­ram relate l’ex­pé­rience d’un fran­çais déra­ci­né, ayant jeté les amarres au Qué­bec après quelques années en temps qu’employé fores­tier dans la région de Van­cou­ver. Stra­ram, arri­vant avec le désir jamais émous­sé d’une sub­jec­ti­vi­té radi­cale, constate le degré d’im­mis­sion du capi­ta­lisme dans la vie et la culture qué­bé­coises. A son arri­vée, il consta­te­ra d’ailleurs que Radio-Cana­da joue un rôle simi­laire à celui de la mori­bonde ORTF en France à la même époque.

Stra­ram fut atti­ré par l’exil comme telle masse liquide par l’at­trac­tion des astres ; en témoignent ces quelques lignes :

« L’o­bli­ga­tion de m’ar­ra­cher au Qué­bec, de m’exi­ler encore une fois, puisque tous les jour­naux, les postes de radio, la télé­vi­sion, l’en­sei­gne­ment m’y étaient inter­dits, le mal dégueu­lasse que cela fait, il n’est pas prêt de ces­ser, la plaie n’est pas prête de se cica­tri­ser, chaque jour ailleurs qu’au Qué­bec la rouvre, ça vous fouille jus­qu’à l’os, il y a de brusques arrêts du coeur, de longs temps de nos­tal­gie, de pros­tra­tion, qui font vomir…»

La thé­ma­tique du déra­ci­ne­ment et l’ex­pé­rience amé­ri­caine sont sémi­nales dans les écrits de Stra­ram. Après avoir vécu en Cali­for­nie et au Cana­da, impos­sible pour lui d’en­vi­sa­ger à nou­veau la France. D’ailleurs, il ne peut plus y péné­trer, puis­qu’il est déser­teur. Il éprouve même une sym­pa­thie mar­quée pour le natio­na­lisme qué­bé­cois et la pré­sence la langue française.

Si la biblio­gra­phie de Patrick Stra­ram tient dans un mou­choir de poche, gageons qu’un cer­tain nombre des archives qu’il a léguées à la Biblio­thèque natio­nale et archives du Qué­bec (alors que la mala­die lui ron­geait les pou­mons) per­met­tront l’é­ta­blis­se­ment de nou­veaux cor­pus et de don­ner un éclai­rage autre sur ceux que l’on consi­dère comme les moins-que-rien des der­nières avant-gardes post-sur­réa­listes francophones.

Repères biblio­gra­phiques

Éta­blis à par­tir des notices de  World­Cat,  de la BAnQ, et d’ou­vrages rares consul­tés à la BNF (cer­tains consul­tables sous surveillance !)

  • Cahier pour un pay­sage à inven­ter, revue, 1960.
  • One+One Cine­marx et Rol­ling Stones. Mont­réal : Les Herbes rouges, 1971.
  • Gilles Groulx, le Lynx inquiet. Patrick Stra­ram ; Jean-Marc Piotte. Mont­réal : Ciné­ma­thèque québécoise/Editions qué­bé­coises, 1971.
  • En train d’être en train vers où être, Qué­bec … : graf­fi­to folk-rock de Patrick Stra­ram, le bison ravi, Patrick Stra­ram. Mont­réal : L’Obs­cène nyc­ta­lope, 1971. (NB : texte éga­le­ment repris dans l’ou­vrage suivant)
  • irish cof­fees au no name bar & vin rouge val­ley of the moon. Mont­réal : L’Hexagone/L’Obscène nyc­ta­lope, 1972.
  • Ques­tion­ne­ment socra-cri-tique. Mont­réal : L’Au­rore, ©1974. (Coll. “Ecrire”, 2).
  • Lit­té­ra­ture et poli­tique. Patrick Stra­ram ; André Bel­leau ; et al. Lon­gueuil : Stra­té­gie, 1974.
  • La Faim de l’é­nigme. Kamou­ras­ka : Édi­tions de l’A­boi­teau, 1975.
  • Bribes 1. Pré-textes et lec­tures. Mont­réal : L’Au­rore, 1975. (Coll. “Ecrire”, 11)
  • Bribes 2. Le bison ravi fend la bise. [Mont­réal] : L’Au­rore, 1976. (Coll. “Ecrire”)
  • Blues clair ; Quatre qua­tuors en trains qu’a­mour advienne.  Patrick Stra­ram ; Fran­cine Simo­nin. Saint-Laurent, Qué­bec : Édi­tions du Noroît, 1984.
  • Les bou­teilles se couchent, édi­tions Allia, Paris, 2006 (Texte retrou­vé aux Archives natio­nales du Qué­bec et édi­té par B. Don­né et J‑M. Apos­to­li­dès, sui­vi d’une notice fort éclai­rante de ces derniers).
  • La Veuve blanche et noire un peu détour­née, édi­tions Sens & Ton­ka, 2006 (Texte édi­té et pré­fa­cé par B. Don­né et J‑M. Apos­to­li­dès et sui­vi d’un ensemble méta­gra­phique et bio­gra­phique de l’auteur)
  • Lettre à Guy Debord (1960), édi­tions Sens & Ton­ka, 2006

Articles parus en revues

  • “P.S. Post-Scrip­tum har­mo­nial”, in Le Trem­plin, n°63, novembre 1953, p.4
  • “L’air de nager” (1960, dans Cahier pour un pay­sage à inven­ter, 1, Montréal)
  • “Tea for One”, in Écrits du Cana­da Fran­çais, 1960.

Col­la­bo­ra­tions

  • “Tea for one 2 hypo­jazz ; Elec­tro­nic music for mind and body”. Patrick Stra­ram, in Musiques du Kébèk, dir. Raoul Duguay, Mont­réal, Édi­tions du Jour, 1971

Divers

  • “To a strange night of stone”, post­face à Por­no­gra­phic Deli­ca­tes­sen, de Denis Vanier, 1968, Édi­tions de l’Estérel.
  • “Wolf House & Caba­ret de la der­nière chance, Fran­çois de la Panam”, post­face à Le talon de fer de Jack Lon­don, 1972, édi­tions L’Étincelle.
  • “De la néces­si­té d’une effrac­tion poé­tique intense à l’in­té­rieur d’une socié­té de répres­sion dont l’ob­jec­tif révo­lu­tion­naire est récu­pé­ré par toutes sortes de libé­raux, agents les pires de tous les fas­cismes à venir”, pré­face à La mala­die est en eux, ce sont des chiens de Denis Vanier, 1972, édi­tions Par­ti Pris.
  • “Métis et fleur bleue”, pour Les grands spec­tacles de Lucien Fran­cœur, 1974, L’Obs­cène nyctalope.

Ouvrages cri­tiques consa­crés à Patrick Straram

  • L’ar­pen­teur de la ville : L’u­to­pie urbaine situa­tion­niste et Patrick Stra­ram, Marc Vachon, 2005, Édi­tions Tryptique.

Webo­gra­phie

http://www.revue-analyses.org/index.php?id=630

http://remue.net/spip.php?article1659

http://www.ababord.org/spip.php?article95

http://www.archipel.uqam.ca/2516/1/M11033.pdf (Mémoire de Maî­trise de Xavier Mar­tel, ensei­gnant à l’UQAM)

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