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L’art de Klaus Voormann, cinquième Beatle

Par Jeremy Jeanguenin

Au milieu d’autres prétendants contractuels (parmi lesquels ceux de la préhistoire des Fab, Stuart Sutcliffe, Pete Best, mais aussi Billy Preston qui n’était pas crédité sur Get Back et qui eut un rôle important dans les deux derniers albums), Klaus Voormann fait figure de talent touche-à-tout dont l’ombre magique et inspiratrice plane sur l’ensemble de leur production, jusqu’aux carrières solo, comme un fil dissimulé.

Klaus Voormann, né à Berlin et de nationalité allemande, rencontré au cours des années hambourgeoises, en 1960, a d’abord exercé son talent de peintre et graphiste pour le compte du plus fameux quatuor de la perfide Albion.

Son œuvre toute de lignes noires projetées façon « Sergent-Major » se manifeste sur la pochette du rafraîchissant Revolver (1966), pour laquelle il dessine le portrait des Beatles regardant chacun dans une direction différente, entrelardé de montages photographiques, dans la tradition Art Nouveau d’Aubrey Beardsley, alternant finesses de lignes encrées et aplats d’un noir abyssal.

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Le talent de Klaus Voormann ne se limite cependant pas à l’art pictural, puisqu’il exerce sa maestria dans un esprit pas si éloigné de l’esprit du mouvement Fluxus, finalement, dont, faut-il le rappeler, Yoko Ono fut une protagoniste de premier rang : bassiste surtout, mais aussi tour à tour saxophoniste, pianiste, guitariste, l’artiste allemand vit et évolue dans ce mélange de sons, de traits, de couleurs, de visages, de lumières. Voormann intégrera le groupe Manfred Mann en remplacement de Jack Bruce qui, à cette époque le quitte pour mettre le feu aux poudres du Cream avec Eric Clapton et Ginger Baker.

Il se met ensuite au service du projet John Lennon/Plastic Ono Band (1969), au sein duquel il côtoie un autre « cinquième Beatle » : Billy Preston. La basse de Voormann fera surtout date dans les orchestrations du Imagine (1971) de John Lennon (ah ! la ligne de basse aérienne de Jealous Guy!), ainsi que chez George Harrison pour All Things Must Pass (1970), mais aussi brillera-t-il sur le Transformer de Lou Reed (1972), album à propos duquel il est difficile de départager ce qu’il revient à chaque bassiste, parmi lesquels Herbie Flowers (dont on est sûrs qu’il officie sur Walk on the Wild Side tant à la basse, la contrebasse qu’au tuba ! Voir à ce propos l’extrait de la Classic Series chez Eagle consacrée à l’album Transformer).

Il est aussi l’auteur (ça me donne l’occasion de parler de leur musique) de la pochette de l’album Idea des Bee Gees (1968), album qui tranche avec le style disco aguicheur américain adopté vers 1977. Non, les Bee Gees n’est pas un groupe dépourvu d’intérêt, allez donc écouter Idea et Odessa ! Un peu dans l’ombre des Beatles, ces disques comportent d’excellents titres pop/folk, avec des harmonies vocales raffinées, qui ne donnent pas encore dans le falsetto cliché.

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Klaus Voormann en studio avec BB King (1971)

Klaus Voormann en studio avec BB King (1971)

Aux dernières nouvelles, Klaus Voormann est toujours actif, il a retrouvé Paul McCartney, Cat Stevens et Ringo Starr, The Manfreds et d’autres musiciens, pour une grande session en studio, voyage musical qui a donné naissance au disque A Sideman’s Journey paru en janvier 2009.

Enfin, visitez le site de Klaus Voormann, une petite merveille de graphisme, comme l’on pouvait s’y attendre de ce personnage aux talents multiples, mais si discret.

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